Pendant 7 nuits, les chalutiers sétois ont bloqué les mouvements, de 17h à 3 h du matin. Alors que la situation économique du port est très difficile, la grève a fait de gros dégâts.
Escales à rallonge, ferries détournés ou touché de porte-containeurs annulé, 13 bateaux ont été touchés et le blocus provoque l'exaspération des opérateurs. La veille, à l'appel de l'Union maritime du port de Sète (UMPS, une quarantaine de membres), les dirigeants des entreprises portuaires, leurs personnels, mais aussi les services aux bateaux, rejoints par les grutiers et les dockers, ont investi les locaux du Service Maritime et de Navigation du Languedoc-Roussillon (SMN-LR).
But : rencontrer le préfet, pour un « rétablissement de l'état de droit. Nous demandons la liberté de travail et de circulation. On nous méprise, les 2000 emplois et 80% du CA de la CCI que nous représentons. » Finalement, c'est le directeur du SMN-LR, Aimé Bergeron, « missionné », qui les reçoit.
« Les trois quarts des acteurs économiques sont prêts à déposer leur bilan » annonce Christian Cambon, le président de l'UMPS. « Une délégation a tenté de négocier les deux premiers soirs avec les pêcheurs, sans résultat. Où étaient les services de l'état ? Nous sommes exaspérés ! Le port de Sète ne peut pas perdre une tonne, pas même un kilo. »
Préfet, sous-préfet… sont restés injoignables. Politique de la chaise vide aussi pour la réunion de crise tenue à la CCI de Sète. « Ca fait 6 jours qu'on ne gamelle plus » dit Jean Valentin, délégué CGT des dockers. Tous s'interrogent sur l'inaction de l'état. Ce que réfute Aimé Bergeron. « Mais pour quel résultat ? » rétorque Philippe Boulanger, le président de la station de pilotage, qui vient juste d'expliquer que « si ça continue, le pilotage déposera son rôle et plus aucun bateau ne rentrera ni ne sortira. Le port de commerce de Sète sera mort. » « Le problème des pêcheurs, nous les comprenons » reprend Pierre de Boutray, le directeur de Sogema- Sea Invest, le premier manutentionnaire du port. « Mais nous ne pouvons ni concevoir, ni accepter, qu'ils prennent en otage une partie du port, qu'ils continuent à travailler normalement, et que l'état estime qu'il n'y a rien à faire. » Pourtant, Christian Cambon se refuse à rentrer dans une polémique corporative, commerce contre pêche. Mais il dit aussi la fatigue, que « quelque soit la corporation, elle vienne systématiquement bloquer le port ».
Quatre heures d'occupation qui n'aboutiront pas. « L'état admet être devant une situation inédite », explique Philippe Boulanger à la sortie. « Une décision nous sera donnée demain. » De son côté, Raphaël Scannapieco, patron de thoniers et prudhomme de Sète, tente de jouer les messieurs bons offices en contactant les pêcheurs, réunis en AG à Port-la-Nouvelle. Mais le lendemain, à 14h, rien de nouveau. Coup de colère. Aimé Bergeron est séquestré dans ses locaux. Parallèlement, une délégation de dockers rencontre les pêcheurs. A 17h, les forces de l'ordre sont réparties sur le port et devant la capitainerie. De leur côté, les dockers obtiennent que le mouvement soit suspendu pour la nuit. Les locaux du SMN-LR sont libérés. Le Biladi, rentré le matin, peut sortir normalement. Un pinardier le suivra.
Hélène Sheffer.
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