Les pêcheurs du port de Bayonne disposent désormais d'un
point de vente officiel, aménagé par la municipalité qui a décidé de faire en sorte
de mettre un point final à une situation qui était devenue inacceptable sur le plan
sanitaire. Des étals en inox ainsi qu'un local ont été construits afin de
régulariser la vente directe des pêcheurs bayonnais. Des installations qui, même si
elles ne font pas toujours l'unanimité, permettent désormais la vente du produit de la
pêche dans de biens meilleures conditions.
"Nous avons de beaux étals en inox, des locaux pour stocker le poisson, une chambre
froide beaucoup trop petite que nous avons du aménager à notre compte en installant un
compresseur de froid, il manque au moins 30% de place pour pouvoir y stocker la pêche le
dimanche" pensent les pêcheurs qui regrettent n'avoir été consultés que
superficiellement lors de l'étude des locaux qui sont loués 1200 f/mois. Reste que tous
ne sont pas ravis par une clause qui a été contractualisé entre la mairie et les
utilisateurs. Elle stipule que désormais, l'utilisation des étals, frigos et autres
locaux, est conditionnée au respect strict de la seule vente du produit de leur pêche,
sans qu'aucune manipulation du poisson ne soit tolérée. C'est ce point qui coince un
peu, même beaucoup. Les pêcheurs ont du s'habituer à changer de rive, ils ont quitté
le quai devant les affaires maritimes pour se retrouver de l'autre côté de l'Adour, au
pied de l'A.N.P.E.
"Nous refusons constamment le service que nous rendions à la clientèle en tirant
des filets ou en écaillant le poisson que nous vendions" reconnaît Nicole Anetas
qui tient le poste de vente "Chez Alain" du chalutier Nobilis. En effet les
clients qui ce matin viennent se fournir à l'étal, des habitués, sont étonnés de ne
pouvoir acheter une bonite sans la tête et les tripes. A chaque client l'explication est
donnée par la vendeuse qui regrette cette nouvelle restriction. Même son de cloche pour
les marins qui ont débarqué des soles, turbots, merluchons, lottes et autres grondins.
"Pour le moment il est encore trop tôt pour se rendre compte si le changement nous
sera profitable ou pas. De l'autre côté on était habitués à travailler d'une certaine
manière, ici c'est différent. Nous avons certainement un meilleur emplacement mais nous
perdons le relationnel que nous avions avec les clients lors des préparations du
poisson" avoue Alain Bellocq le patron du chalutier Nobilis. "De plus nous
allons avoir de sérieux problèmes au moment de commercialiser certaines espèces qui se
vendaient seulement parce qu'elles étaient présentées en filets. C'est le cas pour les
Balistes, les Tacots, grosses Vives ou Roussettes qui une fois pelées se transforment en
Saumonettes."
La tentation est grande de contourner l'interdiction de "manipuler" le poisson
mais l'épée de Damoclés est bien visible au dessus de leurs têtes, les poissonniers
pouvant à l'occasion être plus que vigilants. " Nous avons participé aux réunions
municipales afin de mettre au point les installations des pêcheurs. Nous considérons que
c'est une concurrence déloyale à notre encontre mais s'ils respectent scrupuleusement
les conditions imposées nous n'aurons pas de problèmes. Ils sont désormais sur le
domaine public, plus sur le domaine maritime" rappelle Cyprien Montet le président
des poissonniers qui reste vigilant sur d'autres points. "Ils peuvent vendre le
produit de leur pêche exclusivement, pas celle d'autres bateaux ni des espèces achetées
comme il se produit parfois. Si nous constatons qu'à Bayonne on peut trouver des
limandes, on va s'étonner vu qu'il n'y en a jamais dans les criée du Pays basque".
Reste que les clients sont les grands bénéficiaires de l'opération. Jusqu'à présent
les marins vendaient leur poisson sur des étals aménagés plus ou moins bien selon les
navires. La proximité de la route était telle qu'en été les gaz d'échappement des
voitures et camions se mélangeaient allègrement avec les poissons. Désormais c'est un
secteur approprié qui a été mis en place, de l'eau et de l'électricité pour chaque
étal, du froid à volonté et un parking pour les clients qui devront malgré tout
apprendre à traverser l'Adour pour continuer à acheter le produit de la vente des
bateaux de Bayonne.
José Arocena.
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