10.11.2001.

 Conflit de l'anchois: riposte des espagnols par le Boycott.

Boycott:

Depuis les incidents de La Rochelle, fortement médiatisés sur toute l'Espagne, un mouvement de boycott a été lancé par les pêcheurs. Ils demandent aux mareyeurs et aux consommateurs, de ne pas acheter d'anchois en provenance de France. José María Irigoien le président de la cofradia du port de Getaria a été très clair, "nous demandons aux mareyeurs et à la population d'être solidaires avec leurs pêcheurs". Un mouvement très suivi par les professionnels qui du coup délaissent les criées de Vendée et de Bretagne. Pour bien marquer leur volonté de mener à bien le boycott un camion qui transportait une cargaison d'anchois en début de semaine de Vendée vers l'Espagne a été intercepté au poste frontalier de Campfranc, loin du Pays basque, et les anchois aspergés par de l'eau de javel. Un avertissement qui a porté ses fruits…Pour autant les mareyeurs font savoir que la revendication des bolincheurs, de pouvoir bénéficier de la libre circulation des marchandises au sein de l'union européenne est également valable pour eux. "Pour le moment nous payons les pots cassés, nos pertes d'exploitation sont lourdes car nous avons du personnel et plus d'activité".  Du coup pour la première fois, les étals du Pays basque indiquent la provenance du poisson. Les consommateurs basques et espagnols sont très solidaires de leurs pêcheurs et refusent d'acheter de l'anchois venu de l'extérieur.  Lorsqu'on sait que 95% de la pêche actuelle de St Gilles croix de vie ou de la Turballe va en Espagne, on comprend le poids du mouvement de boycott. Reste que la situation actuelle ne pourra pas durer bien longtemps car la demande en frais est estimée à 250 tonnes par jour pour l'Espagne et l'offre nettement insuffisante.

 

Suite à la réunion tenue à Madrid entre représentants des cofradias et ministre des pêches espagnol, il a été accordé que l'administration au plus haut niveau participerait à la prochaine rencontre du COFEP du 14 novembre. De même la décision de reprendre la mer sans attendre la réunion a été prise. Esteban Olaizola le président de la fédération des cofradias de la province basque de Gipuzkoa veut aller de l'avant et ne pas plier face aux pressions des pêcheurs vendéens. Une quarantaine de bolincheurs des ports basques et cantabres de Getaria, Orio, Santoña et Colindres ont décidé de reprendre la pêche. C'est finalement le mauvais temps qui a retardé le départ mais on peut prévoir que dés Lundi la flottille prendra le large. "Nous allons pêcher et débarquer en France comme nous l'autorise la loi" rappellent les armateurs, soutenus en ce sens par le gouvernement autonome basque. Les pêcheurs qui ont demandé à Miguel Arias Cañete, le ministre des pêches de Madrid qu'il intervienne au prés du gouvernement français pour que "soit respecté le droit de décharge et de circulation au sein de l'Union Européenne". Des observateurs de l'ambassade d'Espagne en France assisteront aux opérations de débarquement à venir, à La Rochelle ou Lorient. Deux clans existent désormais au sein des pêcheurs bolincheurs. Ceux qui souhaitent apaiser le conflit et renoncer à la pêcherie d'automne et les autres qui suivent la ligne plus dure de Esteban Olaizola, partisan de la reprise de la pêcherie au plus vite. Pour le moment les pertes d'exploitation des navires anchoitiers basques pour les 15 jours de non pêche est estimé à 800 millions de pesetas (31.539.047 FF) (4.808.096€). Le gouvernement autonome basque s'est engagé à rembourser ces pertes et à compenser les frais à venir. "Nous avons pu obtenir du gouvernement basque qui nous soutient toujours, qu'il compense le coût supplémentaire que nous devrons supporter au cas ou les vendéens nous refusent l'accès au ports" reconnaissent quelques armateurs. Une étude devra déterminer ce manque à gagner pour le cas ou les bolincheurs devraient rentrer avec leur pêche jusqu'au Pays basque. Les sommes ainsi engagées seront ultérieurement réclamées à la France par le biais d'un procès. Pour le moment aucune plainte n'a été déposée en ce sens, ni par Madrid ni par les basques.

 

Entre Madrid et le Pays basque ce n'est pas le grand amour, loin s'en faut. Miguel Arias Cañete, le ministre des pêches espagnol, membre du gouvernement du Partido Popular (PP) est en froid avec le PNV, le Partido Nacionalista Vasco au pouvoir a Vitoria. Un froid chaque jour plus polaire depuis que le PNV a remporté haut la main les élections autonomiques en écrasant le PP. La récente reprise des attentats de l'ETA n'a rien fait pour calmer le courroux de Madrid qui ne se presse pas pour "aider" les pêcheurs basques taxés de nationalisme. Officiellement les cofradias basques réclament à Madrid que le gouvernement autonome soit autorisé à participer aux réunions des ministres des pêches européens. "Nous serons bien mieux défendus par nos hommes politiques que par Madrid qui ne fait rien pour nous aider" laissent entendre les responsables des cofradias qui ont demandé la démission du ministre des pêches Miguel Arias Cañete, "il ne s'est même pas déplacé à La Rochelle" rappellent les marins qui sont prêts à reprendre le large dés que l'état de la mer le permettra.

José Arocena.

 


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