POP et productivisme
Le nouveau POP (Plan d’Orientation Pluriannuelle), Plan pour la Pêche dans l’Union Européenne pour 2002-
2007, s’oriente dans le sens d’un développement soutenable, crédible, invitant les communautés de pêcheurs
à réviser les pratiques “rentabilistes” et à adopter un code de développement durable et responsable, élaboré
par les marins eux mêmes et leurs partenaires administratifs. Les aides financières iraient aux armements
et entités œuvrant dans le respect de la ressource : exploitation durable des écosystèmes marins, protection
des juvéniles, interdiction des rejets de poissons non ciblés…
En attendant, Bruxelles continue à actionner la manette d’une autre sirène, celle des 2.800 navires, armés
par les États de l’Union européenne (principalement l’Espagne) en “joint venture” ou sociétés mixtes, utilisant
des pavillons “hors communautaires”, dits “de complaisance”, dans le cadre de 23 accords bilatéraux avec les
pays du Tiers-monde, bénéficiant de 28,5% du budget de la PCP (Politique commune des Pêches) en l’an
2000.
Les bateaux largement financés par Bruxelles et navigant de façon industrielle sous pavillon européen
ou pavillon de complaisance (Bélize, Santo Tomé ou autre…) font à peu près ce
qu’ils veulent en matière de ressource, sur toutes les mers du globe, jusqu’à
ce qu’ils soient arraisonnés. Cette pratique est celle de tous les grands pays producteurs ; elle a été décriée en Octobre 2000 par les
15 Millions de pêcheurs artisans du monde représentés au 2e Forum International des Pêcheurs artisans réunis à Loctudy.
L’Europe, c’est-à-dire les États européens, parle “pêche responsable”
et soutient en fait la pêche intensive dans ses eaux, du moins sur la façade atlantique. Quelques exemples : Danemark (pêche
minotière : plus de 1 million de tonnes de poisson bleu pêchées pour faire de la farine de poisson, base de l’alimentation de l’aquaculture),
Irlande (subvention à la société Jackson pour un chalutier de 140 mètres
pêchant le maquereau), Pays Bas (subvention aux chaluts à perches qui labourent en profondeur la mer pour y extraire les soles…)
Relever le défi d’une pêche raisonnée et soutenable, respectueuse des hommes
et de la ressource est un combat à contre-courant de l’économie mondiale de la pêche et des choix des
décideurs européens : ce combat est mené par des millions de pêcheurs artisans au Tiers-monde et par une
minorité en Europe.
Chez nous, le défi de la pêche artisanale responsable est à notre portée, il peut être tenu grâce à la volonté
ferme de l’État français, des collectivités locales et des organisations de pêcheurs concernées, des associations
de femmes de marins. La pêche autochtone (200 pêcheurs) est à la recherche d’un nouveau souffle. Les obstacles
sont de taille : normes très strictes pour la pêche à l’anchois, le maillage, les
quotas, la taille du poisson, les licences,
le renouvellement de l’armement…
Diminution d’effectifs en hommes, en navires, en capitaux, en ressources
halieutiques. Domination des entreprises mixtes franco-espagnoles qui tirent
leur avantage des deux pays. Mais les atouts sont importants : infrastructure,
formation, savoir-faire, recherche de cohésion, image de marque des produits
du Pays Basque…
La demande du marché et les exigences des consommateurs vont dans le sens d’un poisson de qualité,
bien identifié. L’interprofession locale a toutes les chances de répondre à cette demande. Cinq changements
importants seraient à effectuer :
* assainir les eaux des frayères “lieux de ponte”, par la lutte contre la pollution,
* réhabiliter les nourriceries, lieux de croissance des juvéniles,
* encourager la première installation des jeunes pêcheurs voulant armer un bateau,
* se pencher sérieusement sur le minimum vital assuré à chaque famille de matelot financièrement et
socialement, c’est-à-dire rendre ce métier attirant,
* définir entre tous les pêcheurs du Golfe de Biscaye une ligne d’action appliquée par tous les navires
sans exception, quel que soit le pavillon ou le métier.
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